Comment pallier les problèmes de connexion à la maison ?

Dans le cadre de mon cours de français, les élèves n’ont plus de classeur physique. Je leur distribue tout de même des fiches bilan polycopiées sur lesquelles sont reprises toutes les définitions ou notions qu’ils ont eu à découvrir par eux-mêmes au cours de la séquence. Ces documents papiers sont nécessaires notamment car la classe compte deux élèves qui vivent toute la semaine à l’Internat, où il n’y a pas d’accès à Internet (pour l’instant) et deux élèves qui sont sportifs de haut niveau et ne peuvent pas toujours aller consulter leur classeur, le soir, après les entraînements ou le week-end, quand ils sont en compétition. Je pense, d’ailleurs, que pour ma prochaine séquence, je vais distribuer, au début, un certain nombre de documents de référence (énoncés des DM notamment, planning des séances,…) afin de permettre, à ces élèves particuliers, de travailler plus facilement de chez eux. Cependant, il est à noter que mon chef d’établissement, qui souhaite favoriser pleinement le fonctionnement de cette expérimentation, nous a permis d’ouvrir la salle deux heures par semaine pour permettre aux élèves de travailler en autonomie. Nous avons déterminé deux heures où la grande majorité des élèves (seuls deux élèves ne peuvent pas venir sur la première des deux heures) n’avait pas cours et la salle est surveillée par un assistant pédagogique impliqué dans le projet, qui a été formé à l’usage des tablettes afin de pouvoir aider les élèves en cas de besoin. Au début, peu d’élèves venaient travailler sur ces heures et depuis deux semaines, la salle est régulièrement occupée par des groupes de 5 à 10 élèves qui viennent finir leurs devoirs, revoir une leçon, préparer un contrôle ou simplement faire une recherche documentaire.

Première étape de l’autonomie: initiation à la recherche documentaire

Dans le cadre de l’expérimentation, on a choisi d’aider les élèves dans la découverte des ressources à leur disposition. Pour ce faire, dès la deuxième semaine, la classe a suivi une formation à la recherche documentaire avec les enseignants documentalistes.

Grâce à l’expertise de mes collègues,nous avons pu apprendre aux élèves à travailler à l’aide de mots-clés dans le moteur de recherche du CDI, mots-clés qu’ils ont pu réutiliser dans leur recherche sur Internet. Elles ont, en effet, construit un parcours de formation qui guide les élèves dans le questionnement autour du sujet de recherche pour faire émerger ces mots-clés grâce à une utilisation pertinente des dictionnaires et encyclopédies. Cette formation les conduit ensuite à comprendre comment fonctionne un moteur de recherche sur Internet pour enfin les amener à se questionner sur les sources des éléments trouvés lors de leur recherche.

L’objectif a été de les confronter tout de suite aux questions liées à la pertinence de l’information et aux problèmes liés à son exploitation.

Les élèves ont donc, dès le début de leur utilisation des tablettes, appris à se questionner sur la fiabilité d’un site Internet, à se familiariser avec la notion de source de l’information (notamment en ce qui concerne les encyclopédies collaboratives comme Wikipédia). Cette réflexion sur la pertinence et la fiabilité des sources a été facilitée par l’accès aux documents du CDI sur lesquels les élèves ont dû travailler en priorité avant d’aller consulter Internet.

Cette première étape a été, pour moi, nécessaire et particulièrement importante car pour pouvoir faire travailler les élèves en autonomie, ils devaient être capables de faire des recherches sur Internet pertinentes. L’utilisation des tablettes et la pratique d’une pédagogie différenciée les conduit ainsi à réinvestir en permanence les compétences mises en œuvre dès cette première séquence de cours, compétences qui leur seront absolument nécessaires tout au long de leur parcours de lycéen, notamment pendant l’année de première et pendant la réalisation des TPE, et de leur vie de citoyen.

Un mode d’évaluation différent: l’évaluation diagnostique

Au début de l’expérience, les élèves et surtout les parents ont été très déstabilisés par le fait de n’avoir pas ou très peu de notes. En effet, afin d’aider les élèves dans leurs acquisitions et leur apprentissage, j’ai choisi d’avoir essentiellement recours à l’évaluation diagnostique.

Des élèves évalués quotidiennement:

En réalité, les élèves sont constamment évalués. L’accès à leur classeur me donne la possibilité de consulter et de corriger les travaux en cours. J’ai une bien meilleure connaissance de leur niveau, de leurs difficultés, de leurs erreurs et je peux « dialoguer » avec eux en ajoutant des annotations sur leur classeur ou en leur donnant des conseils à tout moment. Au début, certains élèves ne voulaient rédiger sur le classeur numérique que de « beaux » documents, tapés au clavier et déjà finalisés. Cependant, ils se sont vite rendus compte qu’ils perdaient du temps et que cela n’empêchait pas mes corrections. Maintenant, ils sont de plus en plus nombreux à commencer leur exercice au stylet, ou à créer des pages de brouillon dans lesquelles ils rédigent au stylet, comme sur un cahier de brouillon papier, avant de passer au « propre » sur la page d’exercice ou dans un document Word à me rendre.

La synchronisation me permet ainsi d’établir un premier diagnostic dans le cours de la formation sans nécessairement faire un test.

Des tests hebdomadaires:

Toutes les semaines, nous faisons également au moins un test à l’aide de NetSupportSchool. Les tests sont créés à la maison et je n’ai qu’à les copier sur l’ordinateur portable qui se trouve en classe pour pouvoir ensuite les envoyer sur toutes les machines des élèves. Le test est minuté et se corrige en temps réel (je vois sur la console tuteur apparaître les erreurs des élèves au fur et à mesure qu’ils répondent aux questions). A la fin du test, le logiciel envoie à chaque élève ses résultats individuels et les réponses qu’il a données ainsi que les réponses attendues sur sa tablette. Ils prennent ainsi un temps pour observer leur erreur avant que je ne forme à nouveau des groupes pour travailler avec ceux qui ont eu le plus de difficultés.

Des remédiations immédiates:

L’idée est de ne pas attendre entre l’évaluation et le moment où l’on revient sur l’exercice réalisé et de reprendre immédiatement la notion qui n’a pas été comprise. J’ai souvent , par le passé, pratiqué la remédiation après une évaluation qui sanctionnait l’erreur par une note. Je me suis rendue compte que peu d’élèves retravaillaient l’exercice avant de faire sa remédiation, ce qui ne leur permet pas de progresser vraiment. Dans cette expérimentation, j’ai choisi de pratiquer la remédiation avant le devoir bilan, avant qu’ils ne reçoivent une note sanction sur laquelle ils n’ont pas forcément envie de revenir. Ils sont ainsi beaucoup plus motivés car ils savent qu’ils travaillent retravaillent pour réussir leur évaluation finale tout en ayant le droit de se tromper au cours de leur apprentissage.

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Je dois tout de même dire que cette pratique de l’évaluation n’est pas encore complètement ancrée dans leur esprit car, à chaque fois que je propose un test sur le NetSupportSchool, leur première question est « Est-ce que c’est noté? ».

Les objectifs du projet

Les Objectifs généraux

Apprendre aux élèves à travailler en autonomie

+

Individualiser le travail pour leur permettre de progresser à leur rythme

+

Parvenir à toucher les élèves, à les émouvoir sur des textes littéraires.

+

Permettre à la classe de progresser par une mutualisation des compétences et des connaissances : échanges entre les élèves et avec l’enseignant.

+

Favoriser le développement de la communication aussi bien écrite qu’orale.

=

Un temps de classe à la fois collectif et individuel en vue d’une réussite de tous sur les compétences et les connaissances attendues en classe de seconde.

Quels sont nos objectifs pour chacun des éléments de l’équation ? :

Autonomie de l’élève :

L’élève doit être capable de trouver par lui-même les sources d’informations pertinentes pour répondre à une question.

  • L’enseignant
  • Les manuels scolaires
  • Les autres élèves
  • Internet

L’élève doit être capable d’utiliser de façon pertinente les ressources informatiques :

  • Le correcteur orthographique
  • Le logiciel adapté pour faire un devoir (tableur, traitement de texte, diaporama)

L’élève doit être capable de suivre un planning de cours :

  • Réaliser toutes les étapes du parcours proposé
  • Regarder des vidéos et remplir la fiche ViRéQ
  • Travailler en classe et à la maison

L’élève doit être capable d’exploiter de façon pertinente les outils et ressources mis à sa disposition pour progresser :

  • Corrections papier
  • Corrections vidéo
  • Corrections sonores
  • Corrections des tests flash

Individualisation du travail de l’élève :

Le cours doit permettre à tous de progresser à son rythme :

  • En proposant des exercices différenciés
  • En proposant des temps de travail individualisé où l’enseignant est disponible pour aider les élèves les plus en difficulté

L’élève doit avoir la possibilité d’anticiper le cours et de remédier à ses difficultés :

  • Capsules vidéo et ViRéQ pour favoriser l’anticipation du cours
  • Exercices de remédiation et travail en groupe pour revenir sur une difficulté spécifique à l’aide des différents types de correction.

Mutualisation du travail :

Le cours doit proposer des projets de travail collectif où les élèves sont amenés à partager leurs connaissances et leurs compétences :

  • Pédagogie par projet
  • Motivation des élèves
  • Mise en commun de leurs compétences et connaissances

Le cours doit permettre d’élaborer des documents collaboratifs (élèves et enseignants) qui seront utiles à l’ensemble de la classe :

  • Sitographie commune
  • Bilans d’étape par binôme
  • Autres documents

Travail sur le texte littéraire :

Le cours doit favoriser le plaisir sur le texte littéraire :

  • Activité de découverte collective avec participation active des élèves
  • Mise en voix, lecture et enregistrement du texte par les élèves

Utilisation des ressources informatiques pour travailler le texte :

  • Utilisation de la fonction « rechercher » de Word pour mettre en avant les champs lexicaux et les récurrences lexicales
  • Utilisation d’Excel pour calculer les pourcentages des récurrences lexicales
  • Travail du texte avec OneNote pour utiliser les fonctions stylet (surligneur,…)

Favoriser la communication orale et écrite des élèves :

Le cours met en place beaucoup de travaux collectifs qui ont pour objectif de favoriser les échanges entre les élèves

  • Présentation orale des productions d’élèves
  • La production écrite se fait à la fois sur papier et sur la tablette :
  • Les élèves apprennent à utiliser des normes de présentation typographiques pour leurs documents.

Utilisation des ressources informatiques :

  • Création de vidéos dans le cadre de projet d’expression
  • Analyse des vidéos

Utiliser les ressources informatiques de manière raisonnée

Tous les élèves sont équipés, dans cette classe, d’une tablette. On peut donc facilement envisager de leur apprendre à exploiter les ressources propres aux logiciels installés pour faciliter le travail et améliorer leur production. Cependant, ces ressources doivent être utilisées de façon raisonnée et cela va contre les habitudes des élèves devant l’informatique.

En effet, pour ne donner qu’un seul exemple, ils savent tous très bien que les logiciels de traitement de texte ont un correcteur orthographique de plus en plus puissant, pourtant, ils sont très peu nombreux à l’utiliser pour corriger leurs erreurs. Comme on peut le constater dans une enquête du Girsef[1], les élèves demeurent sensibles aux normes orthographiques dans leur pratique de l’écrit et ils établissent une différence entre les niveaux de langage à employer selon les situations.

Cependant, l’emploi de l’informatique en classe, de façon constante peut sensiblement les perturber. En effet, les exercices qu’ils font sur leur classeur numérique sont constamment accessibles à l’enseignant et l’espace scriptural où ils étaient solitaires et seuls juges devient un espace partagé et à contrôler. Le but n’est pas de les « fliquer » au moment de leur travail personnel mais de leur faire prendre conscience des outils qui existent et de la façon dont on peut s’en servir pour « rendre » des travaux qui correspondent aux normes attendues. De plus, l’utilisation raisonnée des outils de correction orthographique peut être l’occasion de construire une véritable réflexion linguistique avec eux.

[1] Cahiers de recherche du Girsef, « Pratiques et représentations juvéniles de l’écriture à l’ère d’Internet », Carine Leporcq, Jean-Louis Siroux, Hugues Draelants, http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/girsef/documents/cahier_94_Leporcq_et_al-final.pdf consulté le 1er novembre 2014