Bilan de l’année 2015

Voici un rapport sur le travail que nous avons mené cette année dans le cadre de notre expérimentation. Il permet aussi de présenter ce que nous souhaitons mettre en place pour l’année prochaine: nous rêvons, en effet, à la classe idéale…

N’hésitez pas à réagir et à nous faire part de nos remarques.

Projet d’enseignement avec les tablettes au lycee_rapport 2015

Ce texte est le fruit de la collaboration entre Yves Leblanc, professeur d’Histoire-Géographie, Sylvain Baligan, professeur d’Arts Appliqués et Fanny Egger, professeur de Lettres Modernes.

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Un mode d’évaluation différent: l’évaluation diagnostique

Au début de l’expérience, les élèves et surtout les parents ont été très déstabilisés par le fait de n’avoir pas ou très peu de notes. En effet, afin d’aider les élèves dans leurs acquisitions et leur apprentissage, j’ai choisi d’avoir essentiellement recours à l’évaluation diagnostique.

Des élèves évalués quotidiennement:

En réalité, les élèves sont constamment évalués. L’accès à leur classeur me donne la possibilité de consulter et de corriger les travaux en cours. J’ai une bien meilleure connaissance de leur niveau, de leurs difficultés, de leurs erreurs et je peux « dialoguer » avec eux en ajoutant des annotations sur leur classeur ou en leur donnant des conseils à tout moment. Au début, certains élèves ne voulaient rédiger sur le classeur numérique que de « beaux » documents, tapés au clavier et déjà finalisés. Cependant, ils se sont vite rendus compte qu’ils perdaient du temps et que cela n’empêchait pas mes corrections. Maintenant, ils sont de plus en plus nombreux à commencer leur exercice au stylet, ou à créer des pages de brouillon dans lesquelles ils rédigent au stylet, comme sur un cahier de brouillon papier, avant de passer au « propre » sur la page d’exercice ou dans un document Word à me rendre.

La synchronisation me permet ainsi d’établir un premier diagnostic dans le cours de la formation sans nécessairement faire un test.

Des tests hebdomadaires:

Toutes les semaines, nous faisons également au moins un test à l’aide de NetSupportSchool. Les tests sont créés à la maison et je n’ai qu’à les copier sur l’ordinateur portable qui se trouve en classe pour pouvoir ensuite les envoyer sur toutes les machines des élèves. Le test est minuté et se corrige en temps réel (je vois sur la console tuteur apparaître les erreurs des élèves au fur et à mesure qu’ils répondent aux questions). A la fin du test, le logiciel envoie à chaque élève ses résultats individuels et les réponses qu’il a données ainsi que les réponses attendues sur sa tablette. Ils prennent ainsi un temps pour observer leur erreur avant que je ne forme à nouveau des groupes pour travailler avec ceux qui ont eu le plus de difficultés.

Des remédiations immédiates:

L’idée est de ne pas attendre entre l’évaluation et le moment où l’on revient sur l’exercice réalisé et de reprendre immédiatement la notion qui n’a pas été comprise. J’ai souvent , par le passé, pratiqué la remédiation après une évaluation qui sanctionnait l’erreur par une note. Je me suis rendue compte que peu d’élèves retravaillaient l’exercice avant de faire sa remédiation, ce qui ne leur permet pas de progresser vraiment. Dans cette expérimentation, j’ai choisi de pratiquer la remédiation avant le devoir bilan, avant qu’ils ne reçoivent une note sanction sur laquelle ils n’ont pas forcément envie de revenir. Ils sont ainsi beaucoup plus motivés car ils savent qu’ils travaillent retravaillent pour réussir leur évaluation finale tout en ayant le droit de se tromper au cours de leur apprentissage.

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Je dois tout de même dire que cette pratique de l’évaluation n’est pas encore complètement ancrée dans leur esprit car, à chaque fois que je propose un test sur le NetSupportSchool, leur première question est « Est-ce que c’est noté? ».

Une classe à géométrie variable

Individualiser, personnaliser ou différencier le travail pour chaque élève de la classe demande beaucoup d’organisation. L’avantage de l’utilisation des tablettes pendant le cours est de pouvoir mettre à disposition tous les exercices nécessaires d’un seul coup. De plus, d’une séance à l’autre, les élèves peuvent poursuivre leur travail individuel sans difficulté puisque l’on élimine complètement tous les problèmes d’oublis de matériel du côté de l’élève comme de celui du prof.

Afin de faciliter le travail individuel, j’ai décidé d’instituer un fonctionnement en groupes ou îlots de compétences:

  • Le premier groupe appelé « Le chef est parti » est constitué d’élèves que je pense ou qui se pensent aptes à faire l’exercice sans aide de ma part. Ce groupe doit réaliser des exercices d’approfondissement ou des activités qui peuvent être périphériques au cours et à la notion abordée.
  • Le second groupe appelé « Panier garni » est constitué d’élèves qui ont compris la notion mais qui doivent encore préciser des éléments dans les connaissances ou compétences à acquérir. Ils travaillent nécessairement en binôme et ont le droit, après avoir cherché par eux-mêmes, de me consulter sur l’exercice dit de consolidation.
  • Le troisième groupe appelé « Ronde des plats » travaille avec moi. Ils n’ont pas compris ou ne sont pas encore capables de réinvestir la notion dans un exercice. Nous faisons un travail de remédiation ensemble avant de faire l’exercice de consolidation.

Ces trois groupes sont variables, ils dépendent de chaque notion. Ainsi, un élève peut avoir besoin de mon aide au moment où l’on aborde la double énonciation au théâtre et avoir parfaitement compris le registre tragique. Il figurera donc dans le troisième groupe lors d’une première séance ou d’un premier temps de séance et ira dans le premier ou second groupe à la séance suivante ou pour la fin d’une même séance. L’idée de cette géométrie variable est de rendre l’enseignant le plus disponible possible pour aider les élèves dans leur apprentissage et les guider au moment où ils en ont besoin. Cela permet également de faire, et c’est le constat de toutes les personnes qui ont pu assister en spectateurs à un cours, que tous les élèves travaillent tout le temps. Il n’y a pas de temps mort ou d’élève qui a la possibilité de se laisser endormir car il attend que ses camarades aient terminé leur partie du travail ou parce qu’il ne comprend plus le cours.

Du côté de l’enseignant:

Cela suppose que l’enseignant ait construit ces différents chemins de traverse qui vont être proposés aux élèves:

  • des exercices obligatoires, passages obligés qui permettent de dessiner les contours des attentes et des enjeux du cours.
  • des exercices de consolidation qui vont permettre aux élèves de revenir sur la notion abordée dans l’exercice obligatoire avec des éléments pour les aider
  • des exercices d’approfondissement ou des activités périphériques pour permettre aux élèves d’aborder la notion sous un angle différent ou d’élargir leurs connaissances dans un domaine particulier. Il ne s’agit pas ici de faire que les bons élèves traitent forcément la notion plus en profondeur, mais qu’ils démontrent leur maîtrise du cours par son investissement dans un cadre différent.

Cela suppose également des outils qui permettent de faire un diagnostic fréquent des acquis des élèves:

  • les exercices obligatoires qui se synchronisent sur mon classeur me permettent de faire ce premier diagnostic
  • le logiciel NetSupportSchool me permet d’envoyer sur les tablettes des élèves des tests flash, réalisés en quelques minutes et instantanément corrigés

Pourquoi les tablettes favorisent l’individualisation?

L’individualisation du travail suppose que chaque élève puisse travailler à son rythme mais également que l’enseignant soit disponible pour aider les élèves les plus en difficulté. Or la disponibilité de l’enseignant est soumise à la capacité des élèves à travailler en relative autonomie, c’est-à-dire à la possibilité qu’un certain nombre d’élèves réalisent leurs exercices sans avoir besoin d’un accompagnement constant.

J’ai donc essayé, lors d’un cours de français, dans une classe « normale » (sans tablette) de proposer aux élèves trois types d’activités différentes à partir du diagnostique établi sur un exercice qu’ils devaient faire à la maison.

Le premier groupe qui avait très bien réussi l’exercice devait faire une activité d’approfondissement. Le second groupe devait faire un exercice de consolidation. Et le dernier groupe devait reprendre l’exercice initial avec mon aide avant de pouvoir commencer l’exercice de consolidation.

Plusieurs problèmes se sont posés au cours de cette séance.

D’abord, les élèves du premier groupe avaient besoin d’informations lexicales complémentaires pour comprendre le texte. La classe ne disposant que d’un dictionnaire papier, très rapidement les élèves ont arrêté de travailler, attendant que je réponde à leurs questions ou d’avoir le dictionnaire pour pouvoir continuer.

Certains élèves du second groupe n’avaient finalement pas bien compris le premier exercice et ont souhaité revenir travailler avec le premier groupe. Le remue-ménage créé par le déplacements des chaises mais surtout du matériel nécessaire pour écrire a perturbé l’avancée du travail.

Les élèves de ces deux groupes qui ont fini avant les autres se sont mis à discuter avec leurs voisins, n’ayant plus rien à faire.

Cependant.

Ce qui demeure très intéressant, malgré ces difficultés, c’est que certains élèves du premier groupe, les plus en difficulté, qui ne travaillent pas ou très peu au cours d’une séance normale de cours, ont eu l’impression de vraiment progresser. J’ai constaté notamment un changement radical pour un élève très faible, qui affirme généralement ne « rien comprendre en cours », et qui pendant cette séance, a travaillé et a été très content de « réussir » à refaire l’exercice avec moi. Il s’est lancé dans l’exercice de consolidation avec enthousiasme et a produit des résultats intéressants.

Individualiser le travail semble donc être pertinent pour éviter que les élèves les plus en difficultés ne décrochent. Cependant, pour pouvoir être réalisable sans tablette, il faudrait que l’enseignant prévoit une quantité de photocopies d’exercices très importante. De plus, il serait nécessaire de mettre à disposition des élèves de nombreux outils de documentations complémentaires (dictionnaires, encyclopédies,…) ou de prévoir des séances avec plusieurs enseignants présents dans une même salle. Ce qui est donc très simple dans une classe avec tablettes devient très complexe dans une classe « normale ».

L’individualisation du travail avec des tablettes:

L’individualisation du travail ne suppose pas de créer un parcours pour chaque élève ou de renoncer à ce que chaque élève ait le même contenu. L’idée est de construire un parcours unique sur lequel va se greffer de multiples chemins de traverse qui vont permettre à chaque élève de s’approprier les notions du cours à son rythme, de remédier à ses difficultés, de consolider ses acquis ou au contraire d’approfondir tout en ayant un point de référence commun.

Un parcours commun :

Dès le début de la séquence, les élèves ont reçu un classeur numérique OneNote. Dans ce classeur, les élèves ont accès à tous les documents et exercices nécessaires au cours. Les élèves doivent suivre un parcours obligatoire avec des textes à lire, des documents à consulter et des exercices à faire.

Un parcours individualisé :

Cependant, pour chaque notion, le classeur fournit des exercices ou des compléments qui permettent la consolidation ou au contraire l’approfondissement de celle-ci. Les élèves ne feront que les exercices qui correspondent à leur profil, leurs difficultés ou facilités et selon leur propre rythme d’acquisition. Du fait de la synchronisation des classeurs, l’enseignant a accès à l’ensemble des travaux d’élèves et peut donc facilement orienter chaque élève dans un parcours qui lui est propre.

Une configuration de classe variable :

L’accès aux classeurs des élèves permet ainsi d’établir un premier diagnostique et par cette évaluation, l’enseignant va pouvoir organiser la classe en plusieurs groupes qui dépendent du niveau d’acquisition des notions. Le groupe des élèves le plus en difficulté travaillent immédiatement en remédiation avec l’enseignant, les autres groupes travaillent en autonomie plus ou moins aidée. Pour les meilleurs élèves, les activités proposées peuvent même être périphériques à la notion abordée.

La configuration de la classe évolue donc au gré des activités de façon souple. La mobilité offerte par l’utilisation des tablettes permet d’ailleurs, au cours d’une même séance, de modifier à plusieurs reprises cette configuration. 

 

Permettre à tous de progresser à son rythme

La configuration traditionnelle de la classe oblige les élèves qui ont le plus de facilités à « attendre » que les autres aient terminé et les élèves les plus en difficulté à « laisser de côté » ce qui n’a pas été compris ou acquis pour continuer le travail collectif.

L’objectif prioritaire de notre expérimentation est de faire coexister au sein d’un même temps de travail plusieurs rythmes différents qui correspondent au rythme d’acquisition des compétences et des connaissances de chaque élève.

Les tablettes permettent de mettre à disposition, très facilement, plusieurs activités différentes: consolidation, approfondissement, activités périphériques au cours,… Le problème reste de définir des parcours qui correspondent bien aux exigences de la réussite de chaque élève.